Licenciée pour cause de cancer !

Il aura fallu beaucoup de patience et de pugnacité à Corinne Heileman pour faire valoir ses droits. Cinq ans d’un combat acharné, au terme duquel la chambre nationale disciplinaire annule, en appel, son licenciement pour cause de cancer.

L’affaire remonte à mai 2005. Corinne sent une grosseur dans son sein. Comme elle travaille dans un cabinet médical, elle demande à l’un de ses employeurs, le Dr Billion, de l’examiner. Et là, sans détour, il lui annonce un

cancer du sein. Un peu plus tard, et sans qu’il ne se soit concerté avec son confrère, le second employeur de Corinne l’examine à sont tour et confirme le diagnostic. Les médecins lui conseillent de passer une radiographie en urgence.Le même jour, juste avant qu’elle ne rentre chez elle, les deux médecins appellent leur employée et lui remettent une lettre de convocation à un entretien préalable de licenciement ! Motif invoqué : raisons économiques.Dix mois de chimiothérapie, un mois d’hospitalisation, 45 séances de radiothérapie et 8 mois de centres antidouleur plus tard, Corinne se rétablit. Et décide d’attaquer ses ex-employeurs devant les Prud’hommes de Poissy.Les médecins ne se démontent pas, ils confirment le licenciement économique, en dépit de tous les indices en faveur d’un licenciement abusif. Saisie du dossier, la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Égalité (Halde) estime que “d’autres personnes, plus jeunes auraient pu être licenciées avant elle“ et que ce “licenciement n’a pas permis au cabinet de faire des économies“, peut-on lire dans le quotidien

Libération. Sans parler des considérations humaines et déontologiques, largement piétinées.Il n’empêche, les Prud’hommes de Poissy maintiennent le licenciement. Il faudra que Corinne fasse appel devant la Cour de Versailles, puis en conseil disciplinaire et enfin, en appel, à la chambre nationale disciplinaire pour que son licenciement soit enfin annulé. Le cabinet médical, dans lequel elle a choisi de retourner, devra lui verser 5 ans de salaire.Amélie Pelletier