En s’engageant dans l’organisation de la Journée Nationale de la Prostate, l’Association française d’urologie a souhaité pallier la méconnaissance de l’organe, de ses pathologies et de leurs traitements. Pour cette première édition, une enquête tente d’identifier les résistances des hommes, leurs croyances et leurs craintes vis-à-vis du dépistage.
Peu conscients des fonctions de la prostate, coupables de négligence dans le suivi de ses pathologies, les hommes sont loin de mesurer toute l’importance d’un dépistage précoce. Pourtant des traitements médicaux ou chirurgicaux efficaces existent. Pour sensibiliser les professionnels de la santé comme le grand public “à la cause de la prostate“, les urologues se mobilisent.
Un organe sexuel secondaire et tabou
Pour cette première journée nationale, l’objectif principal de l’Association française d’urologie (AFU) est de sensibiliser. “Il s’agit avant tout d’informer les hommes sur la prostate, de manière à ce qu’ils apprennent à connaître ses fonctions et à reconnaître ses pathologies“ insiste le professeur Emmanuel Chartier-Kastler, Secrétaire Général de l’association française. Et pour cause ! Les urologues sont chaque jour les témoins de la méconnaissance des patients, qu’ils reçoivent désemparés par des troubles dont ils ont bien souvent des représentations erronées, qu’ils associent parfois à une perte de virilité, inquiets plus que de raison des conséquences des traitements.
Ce sont souvent ces a priori qui conduisent les hommes à ignorer la prostate… jusqu’à l’apparition de symptômes, gênants dans le meilleur des cas, mais révélateurs d’un cancer chez quelques-uns. Un cancer que l’on sait bien soigner lorsqu’il est précocement pris en charge, mais un cancer dont on meurt malheureusement souvent lorsque l’on consulte trop tard. On compte chaque année près de 10 000 décès liés à cette maladie en France.
Malgré ces chiffres inquiétants, les hommes hésitent à consulter. Pour démystifier le dépistage du cancer, l’étude Krisis retenue par l’AFU permet d’identifier aussi clairement que possible les résistances des hommes, leurs croyances, leurs lacunes, leurs craintes.
Les hommes s’expriment…
L’étude mise en oeuvre par IPSOS pour l’AFU a permis de confronter les différents points de vue concernant la prostate. Une dizaine d’hommes âgés de 45 à 60 ans ont durant plusieurs heures exprimé leur opinion sur la prostate et ses maladies. Peur du toucher rectal, réticence à se soumettre à un examen annuel, notions confuses sur son rôle dans la sexualité… Leurs réflexions témoignent des attitudes à l’égard de la consultation et permettent de voir dans quelle mesure l’apport d’une information ciblée est susceptible d’influencer leur opinion. La possibilité de convaincre les indécis restait cruciale, lorsque l’on sait que 95 % de ces tumeurs pourraient être guéries à condition d’être dépistées précocement.
Résultat : Il apparaît ainsi que peu d’hommes ont envie d’aller consulter spontanément. Ils angoissent à l’idée de basculer du jour au lendemain dans un univers médicalisé et angoissant, antichambre de pathologies de plus en plus graves. Leur imagination tend à “charger“ les pathologies de la prostate de tout cet ensemble de peurs liées à la dégénérescence. S’y ajoute la gêne et la peur du ridicule liées au toucher rectal, à la crainte d’une excitation incontrôlable, surtout quand le médecin référent est une femme, avec en plus l’idée que ce geste peut faire mal.
Au cours des discussions, il est également apparu que les hommes comptent, en règle générale, sur les signaux d’alerte pour repérer les dysfonctionnements de leurs organes et adapter leur comportement en cas de crise, voire consulter. Or, la prostate échappe à la règle par son silence. Il est apparu qu’il était difficile de s’y intéresser avant l’apparition des symptômes, à savoir, souvent trop tard, dans le cas du cancer.
Priorité au dépistage !
Choisissant un ton décalé et humoristique, l’affiche de la première campagne “Et votre prostate, vous y pensez ?“ présente le visage d’une femme. Si l’on peut légitimement s’interroger sur le résultat d’une telle communication qui risque de peu attirer l’attention des hommes, on peut louer la volonté d’impliquer leur conjointe. Ainsi, cette année encore, l’AFU réitère ses recommandations.
Le dépistage concerne :
– Les hommes de 50 à 75 ans, lorsqu’il n’y a pas de facteur de risque connu ;
– A partir de 45 ans pour les hommes d’origine africaine ou antillaise, ou pour ceux dont un ou plusieurs membres de la fratrie ont été atteints.
Le dépistage comprend :
– Un dosage du PSA (l’antigène spécifique de la prostate) effectué par prise de sang, dans un laboratoire ;
– Un toucher rectal effectué par un médecin.
Ces deux examens sont essentiels et complémentaires car il arrive parfois que l’on détecte un cancer par le toucher rectal alors que le dosage du PSA ne le laissait pas suspecter. Le dépistage est annuel, car la progression du PSA est plus significative pour le diagnostic que sa valeur absolue.
David Bême
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