Réclamée depuis des décennies par les féministes, la “pilule masculine“ pourrait bientôt voir le jour, si l’on en croit un article du “New York Times“ qui revient sur les diverses méthodes contraceptives masculines actuellement à l’étude, dont certaines doivent être présentées en octobre à un congrès financé par la Fondation Bill et Melinda Gates.
Au-delà des difficultés techniques auxquelles se sont heurtés jusqu’à présent les scientifiques qui ont planché sur la question, l’adoption par les hommes d’une
méthode contraceptive réversible autre que le
préservatif suscite beaucoup d’interrogations. Mais ces doutes, Diana L. Blithe, directrice d’un programme dédié au développement de contraceptifs au National Institute of Child Health and Human Development, les balaye rapidement : “Je pense que les hommes sont prêts“, assure-t-elle. Et de citer l’ensemble des projets prometteurs qui seront présentés lors d’un congrès en octobre. La piste hormonaleL’approche la plus étudiée aux États-Unis est, sans surprise, celle qui recourt aux hormones (testostérone et progestérone), pour leur capacité à interrompre la production de spermatozoïdes. Sous formes d’implants, de gels, d’injection ou de pilules, elle apparaît comme la plus aboutie. Mais si cette méthode semble efficace et sûre pour la plupart des hommes, elle s’avère inefficace pour une minorité d’entre eux sans que les chercheurs sachent pourquoi. En outre, reste la question des effets secondaires, notamment sur le cur, le taux de cholestérol, la peau et l’humeur… comme chez la femme. Les résultats obtenus lors des essais menés jusqu’ici vont être analysés pour déterminer la dose ou la formulation la plus efficace avec le meilleur rapport bénéfices/risques. Une forme synthétique de la testostérone, ou qui ne serait pas métabolisée par le foie, et donc susceptible de diminuer les risques éventuels sur la prostate, est également à l’étude. Les autres pistes de rechercheCertains chercheurs orientent leurs travaux vers d’autres voies, agissant sur l’interruption de la production de spermatozoïdes, leur maturation ou leur mobilité. Au centre médical de l’université du Kansas, des équipes travaillent sur une pilule contraceptive à base de gamendazole, utilisé en cancérologie mais qui intéresse depuis des années les chercheurs pour sa capacité à interrompre la maturation des spermatozoïdes. Des premiers essais ont été menés chez le rat et le singe, et des discussions sont en cours avec l’agence américaine du médicament (FDA).
Le Dr John K. Amory, spécialiste de la reproduction à l’université de Washington, s’intéresse de près à un médicament initialement développé pour traiter les maladies des vers mais dont il est apparu qu’il rendait les hommes infertiles. Des essais chez le lapin ont montré que le médicament bloquait la production d’acide rétinoïque, une substance indispensable à la production de spermatozoïdes. Ces premiers résultats encourageants se sont néanmoins vite heurtés à un problème de taille : le médicament est incompatible avec la consommation d’alcool, au risque de rendre les hommes malades.
Cette voie de recherche est aussi au coeur des travaux de Debra J. Wolgemuth, généticienne au centre médical de l’Université de Columbia, qui travaille sur une autre molécule n’interagissant pas avec l’alcool. Autre approche étudiée à Harvard par le Dr David Clapham : la désactivation des canaux calciques contenus dans la queue des spermatozoïdes. Elaine Lissner a, quant à elle, créé une fondation pour développer d’autres méthodes de contraception au masculin. L’une consisterait à inhiber les spermatozoïdes de manière réversible, en injectant un gel dans le scrotum. Une autre reposerait sur l’élévation ultra rapide de la température des testicules à l’aide d’ultrasons, méthode qui interromprait pendant quelques mois la production de spermatozoïdes. Deux autres médicaments, un antihypertenseur et un antipsychotique, sont également à l’étude, pour leur capacité à empêcher l’éjaculation pendant l’orgasme. Mais il faudrait alors leur apporter les modifications nécessaires pour qu’ils n’affectent pas la pression sanguine, ni l’humeur. Toutes ces études représentent des pistes intéressantes mais on est encore loin de voir arriver sur le marché une méthode contraceptive pour les hommes, à l’image de ce qui se fait pour la femme. En outre, il faut que ces molécules soient testées sur l’homme et il n’est pas sûr que les volontaires se bousculent… Un homme de 39 ans cité par le New York Times s’est néanmoins porté volontaire pour plusieurs essais. Il a notamment testé les contraceptifs hormonaux et avoue sa préférence pour l’implant, qui ne lui a provoqué aucun effet secondaire. Le gel à base de testostérone lui a en revanche déplu. Alors que les femmes ont été unanimes et trouvé sa démarche géniale, les réactions des hommes ont été beaucoup plus partagées, allant de l’admiration à l’incrédulité et au scepticisme. Amélie PelletierSource“Scientific advances on contraceptive for men“, Pam Belluck, The New York Times, 23 juillet 2011 (
article disponible en ligne)
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